LA SALIE ET LE TRAITEMENT DES EAUX USEES

Le traitement des eaux usées et plus particulièrement l’évacuation des eaux résiduaires et l’épandage des boues, sont sources de pollutions chimiques (substances métalliques, pharmaceutiques…) et organiques.

Le SIBA (syndicat intercommunal du Bassin d’Arcachon) est chargé de l’assainissement des eaux usées des communes situées autour du bassin d’Arcachon.
Actuellement, les effluents sont rejetés au wharf de la Salie. Cette solution n’est manifestement pas satisfaisante. Le SIBA a donc fait réaliser une étude pour évaluer une solution par infiltration.
Cette étude « Infiltration des effluents traités du bassin d’Arcachon dans le massif dunaire » est consultable sur le site Internet du SIBA à l’adresse suivante : Infiltration des effluents traités du bassin d’Arcachon dans le massif dunaire.
La méthode d’infiltration retenue dans l’étude consiste à créer des bassins à ciel ouvert dans lesquels les effluents sont déversés. Le sol sablonneux permet à l’eau de s’infiltrer en profondeur et de regagner la nappe phréatique.
Les volumes à traiter sont particulièrement importants : 100 000 m3/jour.
Un tel débit va avoir un impact important sur niveau de la nappe phréatique. Sa remontée est volontairement limitée à 16 m (ce qui, dans la configuration proposée, ne permet pas d’écouler la totalité des effluents). Même en se limitant à cette valeur, des modifications dans l’écoulement des eaux de la nappe sont inévitables.
Il est important de savoir si une partie peut rejoindre la lac de Cazaux (et donc notre robinet).
Il est aussi important de savoir si les nappes profondes peuvent être polluées. Les nappes profondes sont utilisées pour l’alimentation en eau potable sans autre traitement qu’une chloration. En particulier, un forage situé à Ispe fournit 20% de l’eau produite par l’usine, le reste provenant du lac.
Voici le lieu d’infiltration proposé dans cette étude.

Ceci a conduit la SAN à rédiger des remarques suivantes.

Y a-t-il un risque d’écoulement vers le lac de Cazaux-Sanguinet ?
La réponse est implicitement donnée page 14 de l’étude de faisabilité : « les conditions hydrogéologiques permettront une évacuation des effluents infiltrés en majorité vers la façade littorale ». Il faut donc comprendre qu’une partie minoritaire se fera vers le lac.
Elle est aussi claire page 22 :
« La piézométrie est calée selon une logique d’écoulement vers l’océan à l’ouest (cote imposée) et vers le lac et le canal des Landes à l’est (axe drainant). Une crête piézométrique se situe au centre de la zone ».
De plus, page 10 du même document, la carte piézométrique de la nappe indique une hauteur piézométrique de 20m pour la zone des infiltrations. Il s’agit de la hauteur actuelle, à laquelle il faudra ajouter 16m de remontée (cf. page 24). La nappe va donc être à 36m, soit 15m au-dessus du lac de Cazaux, le tout à moins de 1km de la zone humide de Peyroutas. Il paraît inévitable qu’une partie importante des effluents se dirige vers le lac.

Le périmètre éloigné du captage[1] est-il respecté ?
En apparence la réponse est oui. Mais en réalité ce périmètre a été établi sans envisager que les hauteurs piézométriques soient modifiées de 16 m. Avec cette hypothèse, le tracé aurait été bien différent et aurait à l’évidence englobé les zones d’infiltration envisagées.
La définition des périmètres a été soumise à enquête publique, ne serait-il pas nécessaire de renouveler cette procédure du fait de cette nouvelle hypothèse ?

Les nappes profondes sont-elles à l’abri d’une pollution ?
L’étude de faisabilité aborde ce sujet (tout en ne répertoriant que les captages de la commune de la Teste de Buch). La phrase de conclusion se veut rassurante : « Dans les conditions hydrogéologiques actuelles, tous ces captages AEP[2] se situent à l’est de la crête piézométrique ».
Il aurait été intéressant de savoir ce qu’il en sera dans les conditions futures, quand la nappe aura remonté de 16m au niveau des infiltrations alors que la crête piézométrique est seulement à 25m.
Il est aussi indiqué « Les aquifères Oligocène, Éocène et Crétacé sont en revanche moins vulnérables du fait de leur profondeur (plusieurs centaines de mètres) et des couches imperméables les protégeant, malgré l’existence de phénomènes de drainance. »[3]
Moins vulnérables ne signifie pas invulnérables comme le confirme le journal Sud Ouest du 20/02/2010 : « Le BRGM[4] relève, par ailleurs, que des traces de nitrate ont migré dans l’oligocène, une mauvaise surprise tant on pensait ces aquifères parfaitement protégés. » (article concernant la Gironde et l’agglomération bordelaise).
Il ne faut pas oublier que le forage de Ispe est situé à 7 km environ.

Quel est le coût des solutions alternatives telles que proposées par H Augier[5] ?
Un élément de réponse est dans le document de l’OMS, Chorus and Bartam, Toxic Cyanobacteria in Water, A guide to their public health consequences, monitoring and management, 1999 :
« Diverses méthodes de filtration sur sable ou graviers et pierres ponces sont disponibles, et de nouvelles méthodes de filtration sur membrane sont également en cours d’élaboration. Les coûts de la technologie de tels traitements peuvent sembler intimidants au premier abord en raison des investissements nécessaires. Cependant, même les procédures complexes impliquant la filtration ne doivent pas coûter plus de 0,15-0,30 $ US par m3 d’eau traitée (Heinzmann et Chorus, 1994), et ce n’est généralement qu’une petite fraction des coûts de l’eau potable. »
Ces données sont un peu anciennes mais la conclusion est à retenir.
Pour avoir des estimations de coûts plus récentes, différentes méthodes sont étudiées dans le document : Agence Française de Développement, La réutilisation des eaux usées traitées (REUT). Eléments de méthodologie pour l’instruction des projets, 2011.
Le coût des traitements les plus perfectionnés (osmose inverse) est voisin du coût de production de l’eau potable.

L’infiltration, telle que proposée, est-elle la plus conforme à l’intérêt général ?
Si on se réfère aux tableaux de la page 32, la distance aux périmètres de protection a la même pondération (30) que quelques centaines de mètre de canalisation. Le risque de polluer le lac de Cazaux-Sanguinet, avec les conséquences faciles à imaginer sur la production d’eau potable, a donc le même poids que le coût d’une canalisation.
La méthode des critères pondérés est rarement satisfaisante dès lors que les projets sont un peu complexes, en particulier à cause de la difficile prise en compte du facteur temps ainsi que des externalités[6].
La méthode recommandée par l’OCDE[7] pour comparer plusieurs projets ou plusieurs options est l’analyse coûts-bénéfices (ACB). Cette méthode est décrite dans : OCDE, Analyse coûts-bénéfices et environnement, Développements récents, 2006.
De plus, Aquarec, Handbook on feasibility studies for water reuse systems, 2006, document réalisé dans le cadre du programme Energy, Environment and Sustainable Development (EESD) de la Commission européenne comporte le chapitre « Cost effectiveness analysis. Proposal of a methodology for studying the feasibility of a water reuse project » (Analyse coût efficacité. Proposition d’une méthode d’étude de la faisabilité de projets de réutilisation de l’eau).

1. Il s’agit de la protection des captages de Cazaux et Ispe pour l’alimentation en eau potable.
2. AEP : alimentation en eau potable.
3. Passage d’eau à travers une formation peu perméable.
4. Bureau de recherches géologiques et minières.
5. Ceci fait référence à la conférence organisée par le Comité de Vigilance le 24 avril 2010.
6. Action (en général négative) d’un agent économique sur un autre sans compensation.
7. Organisation de coopération et de développement économiques.