INFORMATIONS SANTE


Des conséquences de la maladie de Minamata [intoxication au mercure], le Japon a appris une leçon très importante, à savoir que les activités qui privilégient l’économie au détriment de l’environnement peuvent causer de graves dommages à la santé et à l’environnement et qu’il est difficile de réparer ces dommages par la suite. Du point de vue strictement économique, il faut énormément d’argent et beaucoup de temps pour réparer ces dommages et, lorsqu’on compare les coûts encourus à ceux des mesures qui auraient permis de prévenir la pollution, permettre une telle pollution n’est certainement pas une option économique viable.
(Ministry of Environment of Japan, Our Intensive Efforts to Overcome the Tragic History of Minamata Disease, 1997)

Mais cette leçon est bien difficile à retenir !
Il suffit de réfléchir aux causes et aux conséquences de l’accident de Fukushima pour s’en convaincre.

EAU POTABLE

Principes de la DCE

Cette directive ne concerne pas spécifiquement l’eau potable mais la gestion des ressources en eau, de façon générale.
La Directive Cadre sur l’Eau (DCE) a pour objectif le « bon état » des eaux, qu’il s’agisse d’eaux de surface ou des nappes phréatiques. « Bon état » signifie à la fois bon état qualitatif et bon état quantitatif.
Pour y parvenir, elle énonce les principes suivants :
  1. Principe de précaution et d’action préventive. Déjà, en 1962 Rachel Carson écrivait, concernant deux grandes classes de pesticides, « les phosphates organiques [organophosphorés], les destructeurs de cholinestérase, ont un effet plus prononcé sur un sujet déjà exposé à des hydrocarbures chlorurés [organochlorés]; ceci s’explique aisément : les hydrocarbures ont attaqué le foie, le niveau de cholinestérase est déjà tombé au-dessous de la normale, il suffit d’une action modérée des phosphates pour déclencher un empoisonnement aigu. ». Plus de 55ans après, la toxicité des pesticides est essentiellement testée isolément.
  2. Principe de correction par priorité à la source. Il faut reconnaître que pour les substances classées prioritaires (métaux lourds, organochlorés, PCP…) il y a réellement eu action à la source par interdiction progressive d’usage. Par contre, pour la plupart des pesticides, les bonnes intentions se sont soldées par bien peu de résultats.
  3. Principe du Pollueur-payeur. Il existe bien une « redevance pour pollutions diffuses » dont le montant varie de 0,90 à 5,10 euros par kg de pesticide, suivant la dangerosité. Mais d’une part, cette taxe n’est pas reversée aux usines de traitement de l’eau potable pour les dédommager des frais de dépollution et, d’autre part, les montants ne sont ni incitatifs ni comparables aux frais générés.
Les principes de la DCE sont donc bien timidement mis en pratique.
Il ne faut pas s’étonner que le délai de 15 ans fixé initialement pour parvenir au bon état des eaux (2000-2015) ait du mal à être respecté.
Quels sont les textes réglementaires de la DCE ?
Le texte de base est la directive 2000/60/CE du 23 octobre 2000 qui ne concerne pas que l’eau potable. LIRE LA SUITE
Ce texte a été modifié par plusieurs directives, en particulier celle n° 2013/39/UE du 12 août 2013 qui concerne la liste des substances prioritaires ainsi que les NQE et les produits pharmaceutiques LIRE LA SUITE

Protection des eaux de surface pour l’alimentation en eau potable

Quelle est la réglementation ?
La protection des captage est assurée par la mise en place de trois périmètres de protection. A chaque périmètre correspond une réglementation spécifique.
  1. Le périmètre de protection immédiate est destiné à éviter le déversement de substances polluantes. Malheureusement, dans le cas de pompage dans un lac ou une rivière, ce périmètre est simplement délimité par quelques bouées bien incapables d’assurer la moindre protection.
  2. Le périmètre de protection rapprochée est destiné à éviter la migration des polluants vers le point de captage. Dans le cas de plans d’eau, ce périmètre est en général constitué pale le plan d’eau lui-même. Celui-ci étant brassé par l’action du vent et des courants, l’objectif de non-migration est bien difficile à atteindre.
  3. Le périmètre de protection éloignée, souvent constitué du bassin versant du plan d’eau, permet de restreindre les activités polluantes susceptibles d’affecter indirectement le captage.
Donc, dans le cas de prélèvement dans un lac, seul le périmètre de protection éloignée a une réelle efficacité… à condition que le règlement de ce périmètre soit suffisamment contraignant.
Dans le cas d’un forage, le périmètre de protection immédiate permet de protéger les installations de surface.
Qu’en est-il dans le cas du lac de Cazaux-Sanguinet ?
Ce lac est utilisé pour la production d’eau potable.
Il existe deux stations de pompage, une au Nord à Cazaux, l’autre à l’Ouest, à Ispe.
Il existe bien un arrêté préfectoral définissant les périmètres de protection LIRE LE DOCUMENT
Ces périmètres sont-ils efficaces face aux risques de pollution ?
Dans le cas de ce lac les principaux risques sont constituées par les activités agricoles et sylvicoles, la base aérienne au Nord, le centre d’essai de missiles et le tourisme.
Il est à craindre que les différents périmètres soient d’une efficacité modérée devant ces menaces.

Qualité des « eaux potables »

Quelle est la norme de potabilité ?
La norme européenne est la directive 98/83/CE du 03/11/98 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine.
Cette directive a fait l’objet de plusieurs décrets fréquemment modifiés pour sa transcription en droit français mais ceci reste le texte de base. VOIR
Cette réglementation est-elle suffisamment protectrice ?
Si on compare les seuils de la norme européenne avec ceux d’autres pays on peut constater qu’ils sont souvent plus sévères. Cette comparaison est facile à réaliser en se connectant à l’onglet « Santé », sous-onglet « analyses » sur notre site Internet.
Toutefois ceci ne tient pas compte de quelques « détails » :
  1. la phrase « Seuls les pesticides dont la présence dans une distribution donnée est probable doivent être contrôlés » ;
  2. le mot « dérogation » employé 21 fois ;
  3. enfin les seuils peuvent être seulement des « valeurs guides » ou « références de qualité », c’est à dire des objectifs qu’il est nullement obligatoire d’atteindre. Seules les « limites » sont impératives. La plupart des normes font cette distinction.
Evidemment, ces « détails » sont susceptibles de réduire l’efficacité de la norme.
Comment consulter les résultats d’analyses ?
Il existe plusieurs sources d’informations :
  1. Un rapport annuel sur la qualité de l’eau est transmis chaque année aux abonnés. C’est un document très synthétique.
  2. La plupart des syndicats d’alimentation en eau potable permettent de consulter sur leur site Internet les résultats des analyses effectuées par l’ARS. C’est le cas du SIAEP de Parentis (http://www.siaep-parentis.fr/ ).
  3. La revue UFC – QUE CHOISIR propose une carte interactive sur la qualité de l’eau (https://www.quechoisir.org ).
Existe-t-il des désaccords ?
Effectivement, suivant l’origine de l’information des désaccords peuvent exister.
C’est le cas pour la ville de Biscarrosse début 2017 (date de publication de l’information) où Que Choisir considère l’eau de mauvaise qualité alors que le rapport de l’ARS fait état d’une « eau de bonne qualité ». Comment est-ce possible alors que ce sont les mêmes analyses (de l’ARS) qui sont utilisées pour tirer les conclusions ?
Cet avis de l’ANSES apporte un début de réponse
Mais de nombreuses questions demeurent.

Autres utilisateurs des eaux souterraines

En général la qualité de l’eau provenant de forage est d’autant meilleure que le forage atteint des nappes plus profondes. On a longtemps considéré que seules les nappes de surface sont affectées par les pollutions (tout au moins quand elles sont séparées des nappes profondes par des terrains imperméables). Il a pourtant fallu se rendre à l’évidence : l’eau des nappes provient de l’infiltration des eaux de pluie qui entraînent les substances répandues sur les sols. Ces substances finissent par polluer les eaux souterraines à plus de 100 mètres de profondeur.
Les eaux souterraines sont des ressources renouvelables quantitativement mais pas qualitativement.
Ceci a conduit à cantonner les usages de façon à économiser les ressources les plus précieuses : nappe de surface pour l’agriculture, nappe profonde pour l’eau potable, nappe très profonde quand une eau ultra pure est nécessaire (industrie pharmaceutique par exemple).

Que penser alors des autorisations de prélèvement qui ne respectent pas cette logique ?
Faut-il conclure que la qualité des eaux souterraines est déjà dégradée au point de devoir utiliser une ressource normalement d’une qualité meilleure que nécessaire ?

Cyanobactéries – cyanotoxines

Les causes et conséquence de la prolifération de cyanobactéries sont développées dans l’onglet santé, sous onglet eutrophisation.
Lors d’une prolifération de cyanobactéries des cyanotoxines peuvent être libérées dans l’eau, rendant celle-ci impropre à la baignade et à la production voici quelques cas d’intoxications.

Brésil 1988 Itaparica
La mise en service d’un nouveau lac de retenue au Brésil, en 1988, a été suivie par la formation d’un bloom de cyanbactéries Anabaena et Microcystis. Bien que l’eau de ce lac soit traitée de façon classique pour produire de l’eau potable, 2392 cas de gastro-entérites se sont déclarés, provoquant 368 hospitalisations et 88 décès, principalement des enfants.
Il s’est avéré que seulement les personnes ayant bu de l’eau bouillie ont été affectées. La substance toxique produite par ces cyanobactéries, la microcystine, résiste à la chaleur et il est probable que ce soit la chaleur qui a provoqué la destruction des cellules et la libération de la microcystine.

Cyanobactéries dans le Tarn 2003
En 2002 et 2003, 26 chiens sont morts, moins d’une demi-heure après s’être baignés dans le Tarn. La mort serait due aux neurotoxines sécrétées par la cyanobactérie lyngbya sp qui a été retrouvée dans leur estomac.
(Source : site Internet Adour-Garonne)

Quels sont les risques pour la production d’eau potable en France ?
Nous n’avons pas connaissance de cas de contamination d’alimentation en eau potable provenant de forages (tout au moins pour les forages publics réalisés à plus de 50m de profondeur).
Par contre, lorsque l’eau provient d’un lac ou d’une rivière, le risque est réel.
La formation de blooms de cyanobactéries est fonction de plusieurs paramètres, le principal est la concentration en phosphore. Une concentration aussi faible que 12 µg/L a provoqué en 2006 un bloom dans le lac Saint-Charles, principale source d’eau potable pour la Ville de Québec.
(Source : I. Lavoi, I. Laurion, A. Warren, W. Vincent, Les fleurs d’eau de cyanobactéries)

Conclusion
Si votre alimentation en eau potable utilise de l’eau de surface (lac ou rivière), il est souhaitable qu’une détection en continu des cyanobactéries soit réalisée. Sinon il est à craindre que les résultats d’analyses soient connus trop tard.

Solutions correctives

Quelles sont les solutions en cas de contamination ?
Le chlore est peu efficace contre les pesticides et contre les cyanotoxines.
Le charbon actif a l’avantage d’être une solution utilisable dans les deux cas.
Bien sûr, une solution plus radicale consiste à basculer toute l’alimentation sur des forages quand ceux-ci sont disponibles, avec une capacité de production suffisante.

Conclusions

Des efforts sont manifestement réalisés pour détecter et, dans une certaine mesure, corriger les pollutions. Mais ceci ne correspond pas aux objectifs de la DCE : action à la source et principe pollueur-payeur.
Manifestement la consommation d’eau de surface doit se faire avec un minimum de précautions pour les personnes à risque.

Fruits et légumes

Pesticides : effets sur la santé

Les pesticides (insecticides, raticides, fongicides et herbicides) sont des composés chimiques utilisés pour lutter contre les animaux ou les plantes jugés nuisibles aux plantations.

Plusieurs enquêtes épidémiologiques ont évoqué l’implication des pesticides dans des pathologies chez des personnes exposées professionnellement à ces substances (agriculteurs, ouvriers de l’industrie chimique notamment).
Selon ces études, cette exposition conduit à un accroissement des risques. En particulier, comme le rappelle l’expertise collective de l’Inserm de 2013 sur les effets sur la santé des pesticides, l’exposition aux pesticides augmente le risque de cancers (cancer de la prostate, du testicule, tumeurs cérébrales et mélanomes) ou de la maladie de Parkinson.
L’exposition en période prénatale engendrerait une hausse du risque de malformations congénitales, des atteintes de la motricité, de l’acuité visuelle ou de la mémoire de l’enfant. Le risque de leucémie et de tumeurs augmente également.

Si ces études s’intéressent aux personnes fortement exposées, et non à l’ensemble de la population, elles tendent à démontrer les dangers des pesticides sur la santé humaine. La question de l’exposition aux pesticides est essentielle pour déterminer le niveau de risque. Pour autant, l’exposition reste un phénomène complexe et les interactions sont encore très peu étudiées et donc difficiles à appréhender.

Exposition aux pesticides

Une étude conduite au Etats-Unis montre que des résidus de pesticides sont retrouvés dans le sang, les urines, les tissus adipeux, certains organes et même le lait maternel.

Outre leur présence dans l’eau, les pesticides se retrouvent également directement dans notre alimentation, en particulier dans les fruits et légumes.
De nombreuses études s’intéressent à la présence de pesticides dans les fruits et légumes avec des résultats contrastés…

Pour l’Autorité européenne de sécurité des aliments, qui publie un rapport de surveillance annuel, « 97,2 % des échantillons analysés se situent dans les limites permises par la législation de l’UE » et « 53,3 % des échantillons testés étaient exempts de résidus quantifiables tandis que 43,9 % contenaient des résidus ne dépassant pas les limites légales ». Parmi les produits les plus chargés en résidus on retrouve les pommes, pêches, fraises et laitues.
Ces résultats qui peuvent sembler plutôt rassurant, même si la moitié des fruits et légumes contient des résidus de pesticides, sont assez éloignés d’autres études menées par des associations.

L’association de défense de l’environnement Générations Futures a par exemple réalisé plusieurs enquêtes sur l’Exposition aux pesticides perturbateurs endocriniens (EXPPERT). L’enquêtes EXPPERT 2 réalisée en 2013 analysait les résidus de pesticides dans les fraises et constate le bilan suivant : sur 49 échantillons analysés, 91,83% contenaient un ou des résidus de pesticides. Parmi ces résidus, certains provenaient de pesticides pourtant interdits. D’autres enquêtes EXPPERT ont été menées. En 2015, EXPPERT 5 s’est intéressé aux salades avec des résultats assez similaires. Sur les 31 échantillons analysés 80,65% contenaient au moins un résidu de pesticide, et les salades testées contenaient en moyenne presque 4 résidus de pesticides chacune. Des traces de pesticides interdits ont encore été détectées.

Par ailleurs, l’exposition et les interactions sont encore très peu étudiées et donc difficiles à appréhender. Les effets d’un mélange de plusieurs substances sont difficilement prévisibles. De plus, l’exposition à d’autres composés (médicaments, autres polluants…) peut avoir une influence sur le métabolisme et compliquer encore l’interprétation des résultats. On parle « d’effet cocktail » lorsque le mélange des molécules les rend plus toxiques que prises séparément.
Cet effet a notamment été mis en évidence en 2015 par des chercheurs de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) dans une étude intitulée « Synergistic activation of human pregnane X receptor by binary cocktails of pharmaceutical and environmental compounds » et publiée dans la revue Nature Communications.

Voici un extrait du communiqué de presse :
Ils montrent que certains estrogènes comme l’éthinylestradiol (un des composants actifs des pilules contraceptives) et des pesticides organochlorés tels que le trans-nonachlor, bien que très faiblement actifs par eux-mêmes, ont la capacité de se fixer simultanément à un récepteur situé dans le noyau des cellules et de l’activer de façon synergique.
Les analyses à l’échelle moléculaire indiquent que les deux composés se lient coopérativement au récepteur, c’est-à-dire que la fixation du premier favorise la liaison du second.
Cette coopérativité est due à de fortes interactions au niveau du site de liaison du récepteur, de sorte que le mélange binaire induit un effet toxique à des concentrations largement plus faibles que les molécules individuelles.

Les Perturbateurs endocriniens

Un Perturbateur Endocrinien est, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), une substance chimique d’origine naturelle ou synthétique, étrangère à l’organisme et susceptible d’interférer avec le fonctionnement du système endocrinien, c’est-à-dire des cellules et organes impliqués dans la production des hormones et leur action sur les cellules dites « cibles » via des récepteurs.
Ils peuvent interférer sur le système endocrinien de 3 façons :
  1. Imiter l’action d’une hormone naturelle et provoquer la réponse des cellules cibles ;
  2. Bloquer la fixation d’une hormone sur son récepteur ;
  3. Gêner ou bloquer la production ou la régulation d’une hormone ou de son récepteur et donc modifier le signal hormonal.

Une grande partie des perturbateurs endocriniens persiste dans l’environnement de longues années et peut être transférée d’un compartiment de l’environnement à l’autre (sols, eau, air…). Dans le même temps, les perturbations du système hormonal sont liées à des expositions chroniques, à des doses qui peuvent être faibles, et les effets peuvent apparaître avec des délais importants, compliquant les analyses.

Le bio, une solution ?

L’agriculture biologique est encadrée par des règles sur le mode de production, fondé notamment sur la non-utilisation de produits chimiques de synthèse, la non-utilisation d’OGM, le recyclage des matières organiques, la rotation des cultures et la lutte biologique, l’élevage de type extensif et le recours aux médecines douces.
Pour autant, les pesticides ne sont pas complétement absents de l’agriculture biologique. La différence réside dans le fait que les pesticides utilisés pour le Bio sont issus de sources naturelles. L’Institut Technique de l’Agriculture Biologique tient à jour un guide présentant les substances autorisées.

Parmi ces intrants, le cuivre est sans doute celui qui pose le plus problème.